Mercredi 28 mars 2007
"J'ai encore des choses à dire à mes rêves d'enfants
Faire une fleur à l'avenir, avec du pollen et du vent" Mass Hysteria, La Démesure (Mass Hysteria)

Il y a des rencontres qui changent la vie. J'ai longtemps traîné cet idéal, cette "grande idée" que les rencontres sont ce qu'il y a de plus important, et même la seule chose qui compte, dans la vie. Ce qui pouvait bien se passer après la rencontre, et bien ce ne serait que de la littérature (ou du cinéma, si vous préferez). J'aimais assez cette conception des choses, vu qu'elle suffisait à donner un sens aux rencontres d'un regard, aux jolies filles qu'on croise juste, qui nous lâchent un sourire, puis nous abandonnent, désarçonnés et priant pour qu'on n'oublie pas leur visage sitôt le coin de la rue passé.
Il y a des rencontres qui changent la vie, disais-je, et l'une d'entre elle m'a montré la pauvreté de ma "grande idée". Cette rencontre m'a appris que le croisement du chemin de deux âmes n'est pas une simple coïncidence, dont on peut s'émerveiller et se satisfaire. C'est une véritable chance, qu'il faut savoir saisir de ses deux mains.
Cette personne m'a enseigné qu'on pouvait aimer et recevoir de l'amour en retour, quelle était la légèreté d'une caresse et surtour combien pouvait peser une seule larme. Et ce n'est que maintenant que je réalise qu'elle et moi, on se rencontrait chaque jour, chaque seconde ; chaque moment passé ensemble semblait être le premier. Enfin, parfois, et ça aurait toujours dû être comme çà.
On devrait tous agir comme çà. Les gens que l'on rencontre pour la première fois, il faut les regarder comme si on les connaissait depuis toujours. Et les personnes proches de nous, qui partagent nos vies, faire comme si c'était la première fois. Je sais que sa route, à Elle, ne peut être qu'un grand chemin éclairé par le soleil. A moi de faire en sorte que ma voie, sous les étoiles et la lune, soit celle qui me plaise, soit quelque chose de bien. Et je pourrais y faire une nouvelle rencontre, la toute première, comme autrefois.
Par emka - Publié dans : chroninutiles
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Mardi 27 mars 2007
"The things I never said
The things I can't say tomorrow..." Nada Surf, Icebox (High Low)

Je ne sais pas si vous aimez les histoires. Moi, j'en ai une à raconter. Sans morales, sans prétentions, sans intérêt peut-être. Ce n'est ni un calvaire, ni un conte de fée. C'est juste celle du petit garçon, sur la photo. Un enfant, qui voulait juste être comme les autres. C'est tout.
Seulement voilà, comme les autres, il ne l'était vraiment pas. Un nom de famille trop long, trop compliqué, trop non-français (il en faut peu pour être cruel, à ces âges-là). Ce n'était pas le seul d'origine portugaise dans son école, pourtant, mais il ne parlait pas la langue. Il se faisait traiter de carailho (carayo ? je sais pas comment ça s'écrit) sans savoir ce que c'était. Ni français, ni portugais aux yeux des autres, et encore moins les deux à la fois. Non, ce petit semblait venir d'ailleurs. Et ses yeux... Ces yeux étranges. Bridés ? En amandes ? Sans paupières ? Ils amèneront des surnoms acerbes, comme le chinois ou même le mongol. Rejeter, encore et toujours, ce qui ne nous ressemble pas.
Mais cet enfant avait tout pour réussir. Né d'un amour flamboyant, dans une famille tranquille d'une petite ville de campagne, il avait parents, grands-parents, oncles et tantes qui s'émerveillaient chaque jour de ce qu'il apprenait. Et des choses, il en apprenait tant, le nez toujours plongé dans les livres, ou par défaut sur les emballages des aliments. Bouquins avec ou sans images, bandes dessinées, magazines, encyclopédies, journaux, il dévorait tout. L'Egypte ancienne, la géologie, les dinosaures, la Bible (une histoire comme une autre, pour lui), les récits de corsaires, les énigmes de la science, les faits divers, l'intégrale d'Astérix, et Gaston Lagaffe, surtout Gaston Lagaffe, rien ne pouvait satisfaire sa soif d'apprendre. Seulement voilà, quand il retournait à l'école, sa chance redevenait une tare.
Pourquoi connaissait-il toujours la réponse juste aux questions posées par les maîtresses et les maîtres ? Pourquoi récoltait-il les bonnes notes et les éloges, aussi facilement, sans avoir l'air de forcer ? Et comment faisait-il pour réussir toutes les dictées ? Encore cataloguer, séparer, éloigner la "chose", et lui donner une étiquette pour mieux l'apréhender. Noms de code : "l'intello", "encyclopédie-dictionnaire"... Si ça pouvait faire plaisir aux autres, ou les rassurer... Mais qu'allait devenir ce petit garçon ? Une question si pertinente, que personne ne crut bon de la lui poser. Après tout, quelle importance ? Il était si brillant. Il pourrait faire médecin, s'illustrer dans des grandes écoles, viser des postes-clefs de l'administration, devenir ingénieur, politicien, archéologue, architecte. Laisser les médiocres à la médiocrité et aller plus loin. Seulement voilà, il ne rêvait de rien, c'était ses proches qui rêvaient à sa place, pour lui. Il était trop occupé à apprendre, analyser, comprendre, encaisser aussi son trop-plein de lucidité. A jouer aussi, on parle bien d'un enfant, mais à des jeux sérieux et solitaires. Comme dit plus haut, sa famille rêvait pour lui, alors il verrait bien.

A presque 25 ans, il a vu qu'il ne verrait jamais rien. Il a fait des jolies études, parce qu'il faut bien. Les autres, les médiocres, perdus de vue et pardonnés. Oubliés pour certains. Lui, il est revenu à son point de départ, si tant est qu'il aie un jour bougé. Il ne rêve toujours pas. Mais il va apprendre à le faire, doucement, et trouver ce qui sera sa voie. Il a tout ce blog pour vous raconter ça.
Par emka - Publié dans : chroninutiles
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