Mardi 15 avril 2008
"It hurts to feel
It hurts to hear
It hurts to face it
It hurts to hide
It hurts to touch
It hurts to wake up
It hurts to remember
It hurts to hold on
Turn my head"
Archive, Lights (album Lights)
Le quotidien nous sert parfois ce que l'on appelle des grands moments de solitude. Où l'on se retrouve seul face à soi-même, avec le sentiment inévitable de se sentir un peu con. Pour moi, aller chez le coiffeur fait partie de ceux-ci. J'apréhende plus encore ce moment qu'une visite de courtoisie chez le dentiste.
Il faut dire que, déjà, je ne prends pas spécialement soin de mes cheveux. Ces derniers sont définitivement fâchés avec tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une brosse ou un peigne. Ils se battent inéluctablement avec toutes les sortes de shampoings que j'ai pus essayer. Et même un lavage à l'eau trop fréquent les rend capricieux.
Mais le passage de la porte d'un salon de coiffure va encore plus loin que tout cela. Cette porte s'ouvre sur un véritable affrontement philosophique et psychologique.
Déjà, l'idée de se retrouver nez à nez avec une glace, et pire encore, avec le reflet qu'elle renvoie, met à rude épreuve l'estime de ma propre personne. Ma prof de philo (qui ne disait pas que n'importe quoi) expliquait presque clairement le fameux complexe du miroir. Lorsque l'on s'y regarde, soit l'image qui nous parvient se trouve être plus belle que la réalité (Narcisse, etc...), soit elle semble au contraire plus laide pour qui s'y voit (Michaël C., etc...). Toute la difficulté étant donc de se voir comme on est. Or, je ne me fais plus aucune illusion là-dessus : aucune fille ne pourra faire changer ce sentiment en moi. Je ne pourrai compter que sur moi-même, et changer seul, ce qui ne se fera pas dans la facilité (allez, un stage d'à peine quinze ans dans un monastère bouddhiste népalais, et c'est réglé, on n'en parle plus).
Autre point important : il parait qu'une entente peut être considérée comme une véritable amitié lorsque deux personnes peuvent rester ensemble en silence, et ne ressentir aucun malaise. Or, une séance coiffure est toujours la promesse d'un kilo-tonne de silence bien gênant et foireux, entrecoupable (mais pas forcément) de discussions insipides. On se retrouve là, devant la glace, avec un (ou plus fréquemment une) parfait(e) inconnu(e). Et souvent, pour ma part, une demi-heure à (sou)tenir. Comme si l'effroi de se retrouver face à une glace sans pouvoir bouger ne suffisait pas, on nous rajoute l'encombrante promiscuité d'une personne dont on ne sait rien, et à laquelle on n'a rien à dire.
Pour moi, se préparer à aller chez le coiffeur ressemble donc au parcours du combattant, et d'autant plus qu'avec tout cela, je suis aussi très peu tolérant avec toute personne qui touche mes cheveux (ça doit être mes origines latines qui parlent). Et donc exigent sur le résultat final. Ayant un crâne avec une forme particulière, ça demande aussi un soin spécial pour la coupe, pour le dégradé, que pas mal de coiffeurs(euses) ne prennent pas le temps, ou n'ont pas la compétence pour gérer. Je crois que seul trois coiffeuses, parmi toutes celles que j'ai croisées, m'ont libéré de leur salon avec l'impression que c'était réussi.
Enfin bref, je faisais du mieux que je peux, en allant chez une de ces trois coiffeuses, qui en plus de ces qualités, avait un physique, un style, une beauté, qui faisaient autant de bonnes raisons de ne pas s'attarder sur mon propre visage, dans le miroir. Las, la fâcheuse habitude qu'elle avait de mettre sa poitrine contre ma tête alors qu'elle me coupait les cheveux, et le poids du silence atteignant des proportions effrayantes (avec l'impression qu'elle devait me prendre pour un dangereux sociopathe incapable de s'exprimer) ont fait que je n'y retournerai plus. J'ai fait mon ménage de printemps, forcément ailleurs, forcément payé trop cher, forcément déçu. Encore heureux que je ne me prends pas la tête à ce point pour m'acheter mon pot de gel...
It hurts to hear
It hurts to face it
It hurts to hide
It hurts to touch
It hurts to wake up
It hurts to remember
It hurts to hold on
Turn my head"
Archive, Lights (album Lights)
Le quotidien nous sert parfois ce que l'on appelle des grands moments de solitude. Où l'on se retrouve seul face à soi-même, avec le sentiment inévitable de se sentir un peu con. Pour moi, aller chez le coiffeur fait partie de ceux-ci. J'apréhende plus encore ce moment qu'une visite de courtoisie chez le dentiste.
Il faut dire que, déjà, je ne prends pas spécialement soin de mes cheveux. Ces derniers sont définitivement fâchés avec tout ce qui ressemble, de près ou de loin, à une brosse ou un peigne. Ils se battent inéluctablement avec toutes les sortes de shampoings que j'ai pus essayer. Et même un lavage à l'eau trop fréquent les rend capricieux.
Mais le passage de la porte d'un salon de coiffure va encore plus loin que tout cela. Cette porte s'ouvre sur un véritable affrontement philosophique et psychologique.
Déjà, l'idée de se retrouver nez à nez avec une glace, et pire encore, avec le reflet qu'elle renvoie, met à rude épreuve l'estime de ma propre personne. Ma prof de philo (qui ne disait pas que n'importe quoi) expliquait presque clairement le fameux complexe du miroir. Lorsque l'on s'y regarde, soit l'image qui nous parvient se trouve être plus belle que la réalité (Narcisse, etc...), soit elle semble au contraire plus laide pour qui s'y voit (Michaël C., etc...). Toute la difficulté étant donc de se voir comme on est. Or, je ne me fais plus aucune illusion là-dessus : aucune fille ne pourra faire changer ce sentiment en moi. Je ne pourrai compter que sur moi-même, et changer seul, ce qui ne se fera pas dans la facilité (allez, un stage d'à peine quinze ans dans un monastère bouddhiste népalais, et c'est réglé, on n'en parle plus).
Autre point important : il parait qu'une entente peut être considérée comme une véritable amitié lorsque deux personnes peuvent rester ensemble en silence, et ne ressentir aucun malaise. Or, une séance coiffure est toujours la promesse d'un kilo-tonne de silence bien gênant et foireux, entrecoupable (mais pas forcément) de discussions insipides. On se retrouve là, devant la glace, avec un (ou plus fréquemment une) parfait(e) inconnu(e). Et souvent, pour ma part, une demi-heure à (sou)tenir. Comme si l'effroi de se retrouver face à une glace sans pouvoir bouger ne suffisait pas, on nous rajoute l'encombrante promiscuité d'une personne dont on ne sait rien, et à laquelle on n'a rien à dire.
Pour moi, se préparer à aller chez le coiffeur ressemble donc au parcours du combattant, et d'autant plus qu'avec tout cela, je suis aussi très peu tolérant avec toute personne qui touche mes cheveux (ça doit être mes origines latines qui parlent). Et donc exigent sur le résultat final. Ayant un crâne avec une forme particulière, ça demande aussi un soin spécial pour la coupe, pour le dégradé, que pas mal de coiffeurs(euses) ne prennent pas le temps, ou n'ont pas la compétence pour gérer. Je crois que seul trois coiffeuses, parmi toutes celles que j'ai croisées, m'ont libéré de leur salon avec l'impression que c'était réussi.
Enfin bref, je faisais du mieux que je peux, en allant chez une de ces trois coiffeuses, qui en plus de ces qualités, avait un physique, un style, une beauté, qui faisaient autant de bonnes raisons de ne pas s'attarder sur mon propre visage, dans le miroir. Las, la fâcheuse habitude qu'elle avait de mettre sa poitrine contre ma tête alors qu'elle me coupait les cheveux, et le poids du silence atteignant des proportions effrayantes (avec l'impression qu'elle devait me prendre pour un dangereux sociopathe incapable de s'exprimer) ont fait que je n'y retournerai plus. J'ai fait mon ménage de printemps, forcément ailleurs, forcément payé trop cher, forcément déçu. Encore heureux que je ne me prends pas la tête à ce point pour m'acheter mon pot de gel...

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